Chine : Evergrande, le domino de l'immobilier dont la chute effraie les marchés

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Le marché obligataire privé en Chine doit craindre un effet domino ? Dès la fin du mois d’août 2021, Evergrande — deuxième promoteur immobilier du pays — évoquait des « difficultés sans précédent ». Le conglomérat a accumulé 260 milliards d’euros de dette soit 2 % du PIB chinois en 2020. Pour Pékin, Evergrande est un « rhinocéros gris » c’est-à-dire un colosse surendetté. Prêteurs, acheteurs, fournisseurs… Des particuliers aux entreprises, le groupe plonge ses racines au cœur de l’économie chinoise ; il représente désormais un risque financier systémique. Le pays se préparerait à la faillite, analyse le Wall Street Journal ce mercredi.

La fuite des actionnaires

La crise débute fin 2020, quand le gouvernement chinois adopte de nouvelles mesures contre la spéculation immobilière. Il limite la possibilité d’emprunter pour les promoteurs endettés. Evergrande perd ainsi sa principale source de liquidités. La peur d’une cascade d’impayés s’est emparée des investisseurs. Ce jeudi 23 septembre, Chinese Estates Holdings s’est délesté de sa participation dans Evergrande pour 32 millions de dollars (un peu plus de 27,3 millions d’euros). Avant cette opération, Chinese Estates détenait environ 6,50 % des capitaux propres d’Evergrande — selon les données de Refinitiv du 10 septembre 2021.

Le deuxième actionnaire d’Evergrande a ainsi mandaté à la Bourse de Hong Kong « la vente de tout ou d’une partie de la participation restante de 5,66% d’Evergrande — soit sur le marché, soit par le biais de transactions en bloc », précise l’agence Reuters. Le mandat de cession est valable pour une durée de 12 mois, à compter de l’assemblée générale (AG) des actionnaires de ce mercredi 22 septembre. Quand la totalité de de la participation sera vendue, Chinese Estates devrait supporter une perte d’environ 1,22 milliard de dollars pour l’année 2021. Actuellement, l’actionnaire envisage de se retirer complètement de la holding.

L’Europe tente de temporiser

Pendant que l’Asie s’inquiète, les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) temporisent. Le pays de l’Oncle Sam n’est « pas vraiment directement exposé », assure ce mercredi 22 septembre Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed). Même son de cloche à Francfort. « En Europe et dans la zone euro, en particulier, l’exposition directe serait limitée », affirme Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), ce jeudi 23 septembre sur la chaîne CNBC. Malgré ces déclarations rassurantes, le dossier Evergrande réduit fortement l’appétit pour le risque sur les marchés occidentaux.

Ce vendredi 25 septembre à mi-séance, la situation est jugée préoccupante. « Evergrande a lui seul ne déclencherait probablement pas une crise financière. Mais la manière dont la Chine pilote le dossier Evergrande et d’autres peut avoir des conséquences : en cas de mauvaise gestion, la perte de confiance pourrait se traduire par des effets de contagion à d’autres marchés financiers », prévient Jennifer Hames, gérante et analyste chez Janus Henderson. Dans le même temps, J.P. Morgan recommande de « sous-pondérer » les marchés émergents, en raison des risques liés au ralentissement de la croissance et aux difficultés de l’immobilier en Chine.